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PSYCHOTRAUMATOLOGE

Je vous invite à regarder ce film sur la mémoire traumatique.
http://www.dailymotion.com/video/xpd75e ... aXlt0BM98G
( ... )  Ce matin à la récré Adrien m’a manqué de respect, il m’a couru dessus et il m’a tiré les cheveux jusque par terre en disant :
- Si tu les as aux fesses, ya pas de raison qui zaillent pas plus bas !
Comme ça m’a fait tomber par terre, il s’est mis sur moi en m’empêchant de bouger et en essayant de m’embrasser sur la bouche. Comme je voulais pas et qu’il y arrivait pas il s’est mis à me pincer les tétés en disant :
- Pouett, pouett ! Pouett, pouett !
Alors le Benoît est venu à toute vitesse, il a dit :
- Attends, je vais la tenir !
Alors Adrien lui a crié dessus :
-  Barre-toi, elle est à moi !
Le Benoît a dit :
- Je vais le dire au maître que tu lui touches les nibards !
Adrien a répondu :
- Ta gueule, tu vois pas que c’est à cause de la putain de sa race !
Pendant qu’il parlait je l'ai mordu de toutes mes forces et il m’a lâchée, alors je me suis sauvée. Mais qu’il recommence et il va voir ma race ce qu’elle va lui faire ! Mena elle dit que quand elle était jeune les hommes rampaient à ses pieds. Elle aurait du en profiter pour les écraser. "

 
( extrait du petit journal de Lys )
   N. Dubreuil
 

Test ESPT
Etat de stress post traumatique 
​http://www.sosfemmes.com/violences/viol_abus_sexuels.htm
Les troubles psychiques spécifiques liés aux traumatismes sont liés à des mécanismes de sauvegarde exceptionnels, psychologiques et neurobiologiques, déclenchés lors d'un stress extrême et du risque vital que génère le traumatisme. Ces mécanismes sont responsables d'une déconnection du circuit de réponse au stress entraînant une mémoire traumatique, une dissociation avec anesthésie affective et physique. 
Par ex - Pour qu'une victime puisse vivre malgré cette insurmontable horreur, son inconscient va faire en sorte qu'elle ne se rappelle plus des deux ans de sa vie avant le drame, et deux ans après, afin qu'elle ne puisse faire aucun lien entre un souvenir anodin durant cette période, et la scène traumatique.
Angoisse réactionnelle
Difficulté d’anticipation se traduisant par la nécessité de ne plus réfléchir, cela risquant de lui rappeler l’impact émotionnel.
Troubles dissociatifs post traumatiques ( LHT ) 
Troubles de la mémoire et de la concentration
Sentiment d’être spectatrice de sa vie
Banalisation de son état de victime   
Sentiment de vide
Troubles d’hyperactivation neurovégétative
Déni de reconnaissance
Lutte contre une menace d’atteinte à son intégrité psychique face aux dires la concernant, qui loin de prendre en compte son premier impact traumatique ( les photos en ligne ) l’entérine aujourd'hui coupable de se plaindre à nouveau de son agression ( camarades de classe, ancien petit ami ).
Anesthésie traumatique
La répétition des chocs émotionnels ont comme « anesthésié » ses relations à autrui.
Distanciation des affects, froideur pathogène
Le fait que l’on ait pu une fois encore sans son accord se servir d’elle comme objet de jouissance sexuelle la distancie dramatiquement de ses affects.

TEMOIGNAGES
L, 23 ans
J'ai des moments très spéciaux ces temps ci, je dois presque lutter pour ne pas le hurler à la terre entière, tout en ayant vraiment aucune envie que quiconque sache cette horreur sur moi, c'est déroutant.
J'avais 6 ans. Et ça a duré jusqu'à presque 11 ans.
Du côté de ma mère, je lui ai dit. Elle m'a dit de me taire, de ne jamais en parler, que j'étais un monstre.
Je n'en ai jamais parlé.
Elle m'interdisait d'exister. Je veux dire, vraiment. Mes frères et soeurs n'avaient plus le droit de me parler, je n'avais plus le droit de leur parler, de parler tout simplement. Pas le droit d'être malade, pourtant j'étais souvent malade, mais pas le droit d'aller chez le médecin.
Pas le droit d'être aimée, pas le droit d'être touchée... sauf par mon père.
J'étais, et suis encore, méchante, monstrueuse, répugnante, une honte, une souffrance, une traînée, une pétasse, une imbécile, une ratée, une ordure, une laideur, une erreur de la nature. Selon ses mots.
Et j'ai beau savoir, dans le fond, que mon père n'aurait pas du, n'avait pas le droit de me violer, que je me suis opposée, débattue, seulement il m'a effectivement violée. Avec son sexe. Il m'a transpercée, je pensais mourir à cause du sang. Et après je me suis presque habituée. J'ai arrêté de lutter.
Mais avant ça, il y a eu presque 2 ans. Je me sentais aimée, privilégiée. Je croyais que j'avais de la chance que mon père aime une monstruosité comme moi. Même si j'avais déjà mal, ( crampe à la mâchoire, désolée c'est tellement dégueulasse ) au moins j'étais aimée.
Je me sens toujours monstrueuse. Car c'est ce qu'ils m'ont appris. A me mépriser. Ils m'ont éduquée comme ça. Et ça représente toute ma vie puisque je suis toujours en contact avec eux, et bien que mon père ait arrêté, ma mère continue à me détester.
Et moi je l'aime tellement, ma mère. J'ai envie de la protéger, qu'elle soit heureuse, qu'elle se trouve belle, je veux son bonheur plus que tout.
Mais elle me fait mal, encore maintenant.
Je me suis aussi faite violée par un collègue de travail il y a plus d'un an, 5 fois.
Depuis, je n'arrive plus à oublier mon enfance. Je l'avais enterrée. Maintenant, ça me hante, me terrorise,  ça me dégoûte chaque jour.
Un homme a abusé de moi il y a 2 semaines. C'est comme si je ne servais qu'à ça.
Je suis suivie pour dépression, phobies, alcoolisme.
J'ai la chance d'être tombée dès la première fois sur une psychologue très douce, patiente, compréhensive. Je la vois toutes les semaines depuis un bon moment, et chaque fois j'ai envie de lui dire. De lui hurler. De tout lui balancer, les détails sordides, le sang, toutes les fois où je suis partie à l'école en crevant de douleur entre les jambes. Ma mère a dit à l'école que j'avais le genou déformé pour justifier mon état. J'ai du porter des chaussures correctrices et des attelles du genou pendant presque 3 ans. Mais j'avais mal entre les jambes. Pas au genou.
Je me suis prostituée de mes 17 à mes 20 ans.
En fait j'ai l'impression qu'elle sait déjà ma psy.
Mais je reste terrifiée de dire vraiment ce qui s'est passé, c'est tellement honteux.
Pour ma mère, depuis ça elle est en souffrance, et elle attend de moi que je la considère comme le centre de mon monde. Comme une mère parfaite.
C'est comme ça qu'elle se répare en fait. Et je voudrais tellement qu'elle ne souffre plus. Elle me dit que je suis une moins que rien, je lui répond qu'elle est magnifique.
En gros ça se passe comme ça.
Mais si je parle à ma psy, il y a cette haine en moi, quand je me souviens qu'elle me punissait en m'envoyant dans la chambre de mon père, sachant qu'il me violerait. Ça me tue de rage ! Pourtant je l'aime par dessus tout ma mère.
J'ai peur de déborder de toutes ces émotions mauvaises et de ne plus être capable de m'occuper de ma mère comme elle me le demande.
En fait, j'ai honte. Je sais que j'ai 23 ans, suis grande. Adulte. Mais j'ai cette immaturité par rapport à ma mère, je recherche encore, continuellement, son amour.
Je fais tout ce que je peux pour lui plaire, les grandes études, être à son écoute, la valoriser toujours. Lui montrer qu'elle a le pouvoir absolu sur moi, pas d'amis du tout, car elle doit être l'unique personne dans ma vie.
Mais en vain, elle dit que je suis une ratée, une putain, sa pire souffrance.
C'est dur.
Mais c'est ce qu'elle souhaite. Ça comble une infime partie de son vide.
J'ai des idées noires assez incontrôlables mais pourtant je veux vraiment me battre
Je voudrais être forte, pouvoir supprimer les souvenirs, mais je n'arrête pas d'y penser, mon père m'a violée. Et c'est comme si l'histoire ne cessait de se répéter, que chaque fois elle confirmait que c'est de ma faute, que je suis coupable et que je le mérite
Les cauchemars, les images dans ma tête, les souvenirs, rien n'y fait, c'est comme si tout était resté intact.
Et chaque fois que je suis dans une situation de stress par rapport à un homme inconnu qui me veut, j'ai peur, et je ne fais rien. Rien du tout. Je reste tétanisée.
Et ça me tue de culpabiliser.
Je me demande quelle explication peut se cacher derrière une répétition d'abus au cours du temps ?
Est-il possible qu'inconsciemment je me mette moi même dans des situations qui provoquent l'abus ?
Est il possible que je fasse quelque chose de travers, ou alors est-ce que je suis " marquée " par le passé, et que les hommes malveillants le ressentent et me repèrent directement ?
Je précise que je suis extrêmement timide, je ne tente jamais d'attirer l'attention, je suis très méfiante et pourtant toujours interloquée quand un homme abuse de moi.
Est-ce un travail que je peux réaliser seule ? Remonter à la première fois, essayer de taire tout ça une bonne fois pour toute, sans avoir à révéler ces choses là à quelqu'un ? 
Je ne sais pas si ma question a du sens.

C, 15 ans
Il y quelques mois, les parents de cette jeune fille mineure avaient déjà porté plainte à la gendarmerie à la suite d’images intimes de C. postées sur Internet à son insu. Elle s’était dénudée devant un jeune inconnu qui avait immédiatement mis les photos en ligne.
Tout ses camarades de lycée avaient vu les photos " et maintenant elle n'a plus d'ami(e)s, on se moque tout le temps d'elle, les garçons lui font des gestes obscènes, et ses copines disent que c'est une salope. "
Elle m'informe qu'il y a maintenant deux semaines, 4 adolescents de son lycée, dont son ex-petit copain qui avait dit qu'il se vengerait, l'ont d'abord forcée à leur faire une fellation aboutie à chacun d’entre eux.
Elle dit avoir tout d’abord farouchement refusé, mais ensuite ressenti une très grande peur quand elle a compris qu’elle ne pourrait pas s’enfuir face à ses agresseurs déterminés et très excités, pantalons baissés qui commençaient déjà à se masturber.
Elle explique « qu’ayant très peur d’être frappée, voire même tuée si elle n’obéissait pas, elle s’était dit que plus vite elle le ferait plus vite elle partirait. »
Après " il y en a un qui a dit, on va voir si t'es bonne, et ils s'y sont tous mis pour m'enlever ma culotte, et pendant qu'ils me tenaient ils y sont tous passés à leur tour. Ensuite ils ont cherché une bouteille pour me la mettre, mais il y a eu un bruit de camion alors ils se sont cassés."
C. dit qu'elle n'avait " plus de force même pour crier ", qu'elle était " comme un drôle de truc à qui on peut tout faire, c'était pas moi ".
Elle dit également " qu'elle ne comprend pas pourquoi elle a des idées de se suicider puisque finalement ça va très bien. ( ? ) " Le médecin légiste lui a dit que si, que oui elle sait que c'est vrai, qu'elle a été violée. Mais qu'elle est comme ça parce qu'elle n'arrive pas à y croire ".
Au vu du comportement anormalement calme et distant de cette jeune fille, contrastant avec des gloussements soudains, des fous rires, des cris, des sanglots et menaces de passage à l'acte, je lui propose de passer le test ESPT.
Relations interpersonnelles perturbés avec incapacité de faire confiance.
Hypervigilance / état de « qui vive ».
C, déjà traumatisée par le choc de se voir « exposée » sur le Net, et d’avoir subi les regards et propos salaces de certains de ses camarades de classe est maintenant terrorisée de devoir à nouveau rencontrer ou affronter ses agresseurs.
A l’issue de l’entretien psychologique et des résultats du test ESPT, C. présente un état de stress post-traumatique DSM IV 2 se rapportant aux agressions sexuelles de ces derniers mois, avec triade pathognomonique - syndrome de reviviscence - syndrome d’évitement, hyper-réactivité neurovégétative, avec état de stress aggravé par une stigmatisation et banalisation des troubles de la conduite et du comportement masquant sa souffrance psychologique, et un terrain traumatique antérieur aux événement récents, avec plusieurs intentionnalités humaines de lui nuire, sur un terrain d’inégalité et de discrimination non encore sanctionné par la loi ( ... )

M, 31 ans
Je ne me rebelle contre rien, ma conscience individuelle se soumet, ou fait semblant de se soumettre à l'ordre établi. La domination des hommes de ma famille. Et par extension, de tous les hommes.
Intérieurement je bouillonne, j'enrage. Oui je les haïs. J'ai grandi entourée d'hommes dont je pouvais constater tous les jours à quel point ils étaient abjects. Satisfaits d'eux-mêmes et de leur hideuse protubérance qui leur conférait tous les privilèges. Convaincus de la supériorité naturelle de leur sexe. Usant de la violence pour opprimer les plus faibles et asseoir leur pouvoir.
J'ai vite compris les règles. Pas de pénis, pas de droits. Juste celui de se taire. De ravaler ses larmes, sa fierté, sa dignité. J'ai grandi avec l'âpre sentiment d'injustice à tous les instants. Les uns avaient tout, la liberté de tout faire, l'estime et la considération, sans avoir jamais rien eu à faire pour l'obtenir. Les unes n'avaient même pas la liberté de disposer de leur propre corps et ne recevaient que le mépris, indépendamment de tous leurs efforts, simplement pour être ce qu'elles sont. J'ai grandi dans la culpabilité d'être née, fille.
J'ai détesté voir mon corps se transformer. J'ai haï ce corps qui si tôt tentait les hommes. Attirait leurs regards obscènes. Je cachais par tous les moyens ces attributs qui me rendaient " impure ". J'ai grandi dans la culpabilité de devenir une femme.
Cette lutte entre l'obscurantisme et la lumière, pour décrire ce qui se passe parmi les gens de ma culture, j'ai l'impression qu'elle a lieu en moi. Il y a cette partie de moi submergée, enfouie, qui n'est que rage incontrôlable, rancoeur et désir de vengeance. Et il y a celle en surface, qui a intégré les règles de ce monde d'hommes, qui en est marqué jusque dans sa chair, qui ne sait faire autrement que de s'y soumettre, et qui m'y soumet toute entière, jusque dans mes fantasmes où ma haine des hommes est domptée et dirigée contre moi-même. Comme si à travers ces images d'une violence inouïe, la partie de moi asservie, soumise au dictat des hommes, opprimait celle en moi qui enrage, la punissait à la mesure de sa rage, et jouissait de ce pouvoir fantasmé, absolu, totalitaire.
J'imagine un homme brutal, parfois plus d'un, je n'ai même pas besoin qu'ils soient beaux, ils sont parfois juste vieux, vicieux, répugnants. J'imagine je suis jetée en pâture à ces porcs, juste là pour assouvir leur plaisir. J'imagine être brutalisée. J'imagine les gifles, les coups, j'imagine les insultes dégradantes. J'imagine mon corps pris d'assaut. Fouillé, saccagé. Possédé sans ménagements.
J'imagine tout. Tout ce qu'il est possible de subir par la violence des hommes pour être brisée. Pour que soit réduit à néant tout ce qui puisse faire de moi un être à part entière. J'imagine la négation de mon statut de personne. J'imagine avoir perdu le droit de vie ou de mort sur moi-même au profit d'hommes à la cruauté et la bestialité sans bornes au service de leurs pulsions.
Et je ne peux refréner le plaisir que me procurent ces pensées.
Ni le sentiment de tristesse, de dégoût de moi, et d'insignifiance dans lesquels elles me laissent.
Parfois, bizarrement, j'en ressens un soulagement, comme si un poids venait de m'être ôté.
J'ai l'impression qu'une part de moi est marquée au fer par ces hommes qui exigent des femmes qu'elles ne soient qu'un vulgaire objet sexuel sans existence.
Une part de moi a été comme conditionnée, pervertie, et c'est celle-là qui tente de me détruire, de m'empêcher d'avancer.
Je retombe inlassablement dans le même schéma. J'en reviens toujours aux mêmes complaintes. A la même impuissance.
Tout vient de là. Le mépris injustifié que j'ai pour ma personne. Le fait que je ne puisse rien envisager d'autre pour moi que de vivre en martyr. Le renoncement à tout ce qui pourrait m'arriver de bien. La marche mécanique sur toutes les routes possibles de ma perdition.
Et puis les fantasmes de torture, le goût masochiste pour la douleur et la soumission, le plaisir que je tire à me sentir bafouée... tout est là. Dans la punition.
Dans le châtiment perpétuel, sous des déclinaisons infinies, pour une chose potentiellement atroce que mon inconscient ironiquement m'a fait oublier pour que je souffre moins, et pour laquelle je me considère irrémédiablement coupable.
Comme si je devais revivre sans fin un ancien sacrifice. Ma tête en a occulté les images, alors il prend toutes les formes que mon imagination voudra bien lui trouver. 
C'est d'une tristesse...
Je deviens dingue, j'ai l'impression d'être double. De faire des choses, de prendre des décisions à mon insu. Des décisions mortifères qui me conduisent à ma perte. J'anéanti tout ce qui pourrait me rendre heureuse sans l'avoir consciemment décidé. J'abandonne tout, je saccage tout. J'assiste immobile à un désastre que j'ai orchestré dans mon propre dos. Comme si c'était mon souhait de souffrir, d'être à l'agonie, comme si c'était la seule place où je me sente bien.
J'emploie toute mon énergie à ignorer ce qui s'accomplit, à garder les yeux fermés.
Je suis dans le déni de tout, de la réalité toute entière. Je ne vois rien. Il ne se passe rien. Je ne suis plus personne, je n'existe plus. Je dois occuper mon esprit, l'abrutir, qu'il n'ait pas le temps de voir ce qui se trame. Pour attendre l'inéluctable. En me convaincant avec force qu'il n'y a aucun danger, que je suis bien. Que tout va bien. Ne pas lutter, une fois dans les ténèbres du chaos tout rentrera dans l'ordre, chaque chose aura retrouvé sa place.
J'attends patiemment que tout explose, j'ai soigneusement tout calculé, et je me dérobe moi-même de ce projet de destruction. Je vais jusqu'à me duper que je n'en suis pas l'auteure !
Comme si j'avais orchestré un attentat suicide, que je portais la bombe amorcée en moi, que je me tenais là où les choses qui ont le plus d'importance à mes yeux soient réunies, et que je sois devenue tout à coup amnésique, au point d'être surprise d'entendre un tic-tac mortel quelques secondes avant la détonation. De m'en étonner, de me demander qui, pourquoi, et de ne pouvoir plus rien empêcher de ce qui s'est fait par ma volonté.
Comme si j'avais un double maléfique qui opérait dans l'ombre. Je sais qu'il est là, je sais qu'il souhaite pour moi une vie de misère et de martyr. Comme si le martyr était tout ce à quoi j'ai droit.
Je suis la proie consentante d'une rage destructive qui émane de moi, dirigée contre moi. 
Je perds la tête... je ne sais même pas contre quoi je lutte, contre quoi je résiste. J'ai toujours réussi in extremis, dans un sursaut vital, à prendre l'ascendant sur ce désir d'autodestruction, cette inclinaison à la souffrance extrême.
Avec le temps j'ai l'impression que je me débats de moins en moins, ça me fait peur.
Ma mère m'a souvent raconté qu'enfant, lorsque nous étions en vacances, en voyage chez de la famille à l'étranger, mon oncle m'adorait. Il m'offrait des tas de cadeaux, m'emmenait partout avec lui, mais que moi, personne d'autre.
J'ai trois frères et soeurs. J'ai des tas de photos où je suis seule avec lui.
J'ai toujours trouvé ça bizarre que je n'en ai pas gardé le moindre souvenir.
Je n'ai d'ailleurs pratiquement aucun souvenir de mon enfance.
Je me suis toujours sentie comme un champ de ruines à l'intérieur. Je me rappelle qu'ado un homme s'était mis près de moi dans un bus et s'était donné le droit de me toucher. J'étais juste pétrifiée, incapable de bouger ou de parler. Mon père était assis à côté de moi, de l'autre côté mais il n'a rien vu. Je ne sais pas pourquoi je ne lui ai rien dit. J'ai juste regardé cet homme, en l'implorant du regard. Lui ne me regardait pas. Après un temps qui m'a paru être une éternité mon père m'a dit qu'on devait descendre et je me suis ruée vers la porte.
Vous avez dit qu'une personne qui a subi des abus se comporte inconsciemment ou pas, comme une victime et attire les prédateurs. Ce type devait savoir que je ne parlerai pas, même alors que mon père était juste à côté de moi.
J'ai commencé à avoir des genres de crises, ça arrivait la nuit lorsque j'étais allongée dans le lit. Je me figeais de terreur, j'étais comme absente, comme redevenue une enfant, je serrais ma couette de toutes mes forces pour me couvrir le corps et guettait la pièce persuadée qu'il y avait quelqu'un, un homme. 
Maintenant, les pièces de ce puzzle incompréhensible qu'était ma vie se sont assemblées. J'ai compris qu'on m'avait fait du mal à cette époque. Je ne m'en rappelle pas, je le sais, c'est tout. Je crois que j'ai tout refoulé pour me préserver.
Je voudrais me souvenir de ce passage de ma vie pour parvenir enfin à me reconstruire. 
Je voudrais m'en sortir. Réaliser que ça n'est pas irrémédiable. Que je peux vivre, et plus seulement survivre malgré ça.
Mais je suis si fatiguée...
 
 A, 40 ans
 Ce que j'écris est une recherche de logique et de cohérence, dans la frange incohérente et illogique de l'humanité. Sorte de norme dans l'anormal, d'appuis dans le vide, de structure dans la lie.
Ce que j'ai ressenti cette nuit qui m'a paralysé la gorge, même les larmes, générant qu'une forte envie de vomir, je l'imaginais identique à ce que pourrait ressentir un clone s'il existait comme on le voit dans certains films.
Un être vivant identique à son modèle, partageant sa vie avec lui, mais n'étant qu'une réserve d'organes disponibles à sa demande. Vivre toutes les émotions et sensations, partager les mêmes joies et difficultés, mais n'être qu'un réservoir de pièces détachées que son propriétaire vient vérifier ou prendre quand il en a besoin.
Cela aurait des points communs avec l'esclavage, mais dans celui-ci, la colère aide à vivre. L'esclave est reconnu, il a un prénom de baptême et est admis dans les églises. Dans l'aberration, cela reste cohérent.
Mais un clone n'a pas d'âme. Il n'a d'humain que l'aspect. Il peut tout vivre, tout ressentir, tout comprendre, mais on ne lui donne pas d'âme. Il n'est ni objet, ni animal, ni nourriture. Il n'a pas de honte car il n'existe que pour offrir tout ce qu'il a.
Ce moniteur à 14 ans m'a reçu avec une très grande douceur, une extraordinaire tendresse, un immense désir. Ses caresses étaient profondes, douces, légères.
Mais lorsqu'il touchait mon sexe il devenait un homme qui vérifie la qualité et la maturation de sa culture, de sa propriété. Son toucher était médical. Il pétrissait, vérifiait, mesurait mes organes comme un paysan parcourt son verger vérifiant si l'heure de la récolte est proche. Amoureux de celui-ci et tâtant les fruits.
Alors que lui n'avait fait cela que pour examiner la qualité de la maturation du grain qu'il désirait récolter, mon corps vibrait de sa profondeur amoureuse, ma matière vivante avait été propulsée aux limites de mes sens uniquement pour un contrôle-qualité !
Tout mon dégoût ne peut s'exprimer.
Les prêtres s'étaient déjà déchargés en moi.
J'avais été leur sac humide et tiède dans lequel ils avaient déversé ce qu'ils n'osaient regarder, tirant un fantasme de plaisir. Ils m'avaient jeté après utilisation, comme un vulgaire préservatif usagé. J'avais été de la simple nourriture, morceau de bidoche sur l'étal d'un presbytère.
Je le conçois dans toute son horreur.
Et ce moniteur m'avait offert une " puissance d'amour ", de présence, de douceurs, de caresses et de tendresse, il m'avait passé toute la vie, toute la recherche physique d'un être plein d'amour pour moi, juste pour palper ce qui lui appartenait, ce qu'il pouvait toucher chaque matin, chaque soir, sous sa douche, dans son lit. J'étais son clone.
Il était amoureux fou de son porte-organes !
Je n'arrive pas à concevoir qu'un homme vienne inspecter sur un enfant ce qu'il porte entre ses jambes.
Je n'arrive pas à imaginer la logique qui pousse un individu à exacerber toute la sensualité d'un autre individu, copie plus jeune, lui offrant des caresses irréelles, juste pour presser, tâter, observer des organes dont il dispose lui-même depuis bien plus longtemps.
Aujourd'hui, mon corps ne trouve plus le chemin subtil entre la douceur, l'amour de mon amie, et ce qu'il m'a fait.
Je n'arrive pas à ressentir la différence et le toucher d'un être aimant, entre le " je suis ", et le " je ne suis rien ".
Je ne ressens ni honte ni culpabilité, je ne reçois plus la fine séparation entre " vie " et " non-vie ".
Je ne comprends pas plus ce besoin de passer par le corps de l'autre, pour lui demander quelque chose. Pour le remercier, pour montrer son contentement, pour lui signifier son amour, pour fuir ses douleurs, pour décharger ses peurs, pour dépasser ses violences, pour... la liste est longue de raisons et d'excuses pour toucher, prendre propriété du corps de l'autre.
Pourtant il existe tant de possibilités avant même un seul contact. Il y a tant de regards, tant de sourires, tant de gestes, de respirations, avant de poser un doigt, des lèvres, sur un corps qui n'est pas le sien.
Pourquoi faut-il le visiter en totalité alors qu'il faut une durée impressionnante pour laisser pénétrer en soi, un sourire, un regard, une présence de plus en plus proche ?
Quelle est cette règle qui transforme le corps en propriété pouvant être acquise ?
Je n'ose plus embrasser, approcher, toucher, réaliser quelque chose, sous peine de devoir donner mon corps pour un remerciement, ou subir le regret de la dette imaginaire non remboursée.
Quel éclat, quelle lumière, ou quelle noirceur dans le regard de l'autre, pourrait m'aider à percevoir la finalité d'une caresse ?
Tout est perverti.
Ne plus avoir peur de celle qui m'aime, à cause d'un écho pédophile.
 
 Y, 11 ans.
En incapacité d'en parler, Y. a demandé à sa maman de m'écrire ce qui s'est passé. 
- " Y. a 11 ans. Un soir d'août de l'année dernière son meilleur copain K.qui a 13 ans est venu dormir à la maison dans la même chambre. Apparemment tout allait bien.
Depuis ce jour là il refuse de revoir ce copain même en insistant ( pleurs, révolte ). La famille est amie avec le papa de K.
Y. se lave les mains tout le temps, et durant l'année scolaire 
cette attitude s'est aggravée. Il est mal dans son corps. Cela ne nous a pas inquiétés son père et moi, nous pensions à l'adolescence. Par contre ses résultats scolaires sont parfaits. 
Chaque soir en rentrant de l'école les manies reprennent ( lavage de mains ). Cela est insupportable pour nous, et surtout pour lui. 
En discutant avec Y. pendant des heures il m'a expliqué sa détresse. Son copain s'est masturbé devant lui, l'a obligé à se masturber, lui a obligé à lui faire une fellation, et ensuite il l'a sodomisé à plusieurs reprises. 
Pendant toutes ces dernières vacances il a ruminé son problème ( n'a plus de copains, ne va plus à la piscine ).Tout lui parait sale et insupportable. Il ne se douche plus, se reprend plusieurs fois pour mettre un slip. 
Pour sortir, les situations sont invivables. Il a craqué ce week-end, il a menacé de se suicider ( passage par la fenêtre ) Il veut se détruire car il ne supporte plus son corps et pense à K. Il ne veut pas reprendre le collège. "

Les parents de Y. ont alors fait le nécessaire auprès de la gendarmerie et du Procureur de la République.
L'entourage ne voulant pas prendre parti s'est éloigné.
Parce que ce n'était pas remboursé ", les parents ont préféré que Y. ne soit pas suivi en libéral. Il a été hospitalisé quelques jours, puis mis en liste d'attente pour avoir un rendez-vous dans un CMP.
Au tribunal, K. qui est mineur a simplement été sermonné.
Y. s'est donné la mort une nuit où il pleuvait beaucoup. Il s'est couché sur la route, dans un grand virage où les voitures n'ont aucune visibilité.