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PSYCHOTRAUMATOLOGE

Je vous invite à regarder ce film sur la mémoire traumatique.
http://www.dailymotion.com/video/xpd75e ... aXlt0BM98G
 
 
Test ESPT
Etat de stress post traumatique 
​http://www.sosfemmes.com/violences/viol_abus_sexuels.htm
Les troubles psychiques spécifiques liés aux traumatismes sont liés à des mécanismes de sauvegarde exceptionnels, psychologiques et neurobiologiques, déclenchés lors d'un stress extrême et du risque vital que génère le traumatisme. Ces mécanismes sont responsables d'une déconnection du circuit de réponse au stress entraînant une mémoire traumatique, une dissociation avec anesthésie affective et physique. 
Par ex - Pour qu'une victime puisse vivre malgré cette insurmontable horreur, son inconscient va faire en sorte qu'elle ne se rappelle plus des deux ans de sa vie avant le drame, et deux ans après, afin qu'elle ne puisse faire aucun lien entre un souvenir anodin durant cette période, et la scène traumatique.
Angoisse réactionnelle
Difficulté d’anticipation se traduisant par la nécessité de ne plus réfléchir, cela risquant de lui rappeler l’impact émotionnel.
Troubles dissociatifs post traumatiques ( LHT ) 
Troubles de la mémoire et de la concentration
Sentiment d’être spectatrice de sa vie
Banalisation de son état de victime   
Sentiment de vide
Troubles d’hyperactivation neurovégétative
Déni de reconnaissance
Lutte contre une menace d’atteinte à son intégrité psychique face aux dires la concernant, qui loin de prendre en compte son premier impact traumatique ( les photos en ligne ) l’entérine aujourd'hui coupable de se plaindre à nouveau de son agression ( camarades de classe, ancien petit ami ).
Anesthésie traumatique
La répétition des chocs émotionnels ont comme « anesthésié » ses relations à autrui.
Distanciation des affects, froideur pathogène
Le fait que l’on ait pu une fois encore sans son accord se servir d’elle comme objet de jouissance sexuelle la distancie dramatiquement de ses affects.

TEMOIGNAGES
L, 23 ans
J'ai des moments très spéciaux ces temps ci, je dois presque lutter pour ne pas le hurler à la terre entière, tout en ayant vraiment aucune envie que quiconque sache cette horreur sur moi, c'est déroutant.
J'avais 6 ans. Et ça a duré jusqu'à presque 11 ans.
Du côté de ma mère, je lui ai dit. Elle m'a dit de me taire, de ne jamais en parler, que j'étais un monstre.
Je n'en ai jamais parlé.
Elle m'interdisait d'exister. Je veux dire, vraiment. Mes frères et soeurs n'avaient plus le droit de me parler, je n'avais plus le droit de leur parler, de parler tout simplement. Pas le droit d'être malade, pourtant j'étais souvent malade, mais pas le droit d'aller chez le médecin.
Pas le droit d'être aimée, pas le droit d'être touchée... sauf par mon père.
J'étais, et suis encore, méchante, monstrueuse, répugnante, une honte, une souffrance, une traînée, une pétasse, une imbécile, une ratée, une ordure, une laideur, une erreur de la nature. Selon ses mots.
Et j'ai beau savoir, dans le fond, que mon père n'aurait pas du, n'avait pas le droit de me violer, que je me suis opposée, débattue, seulement il m'a effectivement violée. Avec son sexe. Il m'a transpercée, je pensais mourir à cause du sang. Et après je me suis presque habituée. J'ai arrêté de lutter.
Mais avant ça, il y a eu presque 2 ans. Je me sentais aimée, privilégiée. Je croyais que j'avais de la chance que mon père aime une monstruosité comme moi. Même si j'avais déjà mal, ( crampe à la mâchoire, désolée c'est tellement dégueulasse ) au moins j'étais aimée.
Je me sens toujours monstrueuse. Car c'est ce qu'ils m'ont appris. A me mépriser. Ils m'ont éduquée comme ça. Et ça représente toute ma vie puisque je suis toujours en contact avec eux, et bien que mon père ait arrêté, ma mère continue à me détester.
Et moi je l'aime tellement, ma mère. J'ai envie de la protéger, qu'elle soit heureuse, qu'elle se trouve belle, je veux son bonheur plus que tout.
Mais elle me fait mal, encore maintenant.
Je me suis aussi faite violée par un collègue de travail il y a plus d'un an, 5 fois.
Depuis, je n'arrive plus à oublier mon enfance. Je l'avais enterrée. Maintenant, ça me hante, me terrorise,  ça me dégoûte chaque jour.
Un homme a abusé de moi il y a 2 semaines. C'est comme si je ne servais qu'à ça.
Je suis suivie pour dépression, phobies, alcoolisme.
J'ai la chance d'être tombée dès la première fois sur une psychologue très douce, patiente, compréhensive. Je la vois toutes les semaines depuis un bon moment, et chaque fois j'ai envie de lui dire. De lui hurler. De tout lui balancer, les détails sordides, le sang, toutes les fois où je suis partie à l'école en crevant de douleur entre les jambes. Ma mère a dit à l'école que j'avais le genou déformé pour justifier mon état. J'ai du porter des chaussures correctrices et des attelles du genou pendant presque 3 ans. Mais j'avais mal entre les jambes. Pas au genou.
Je me suis prostituée de mes 17 à mes 20 ans.
En fait j'ai l'impression qu'elle sait déjà ma psy.
Mais je reste terrifiée de dire vraiment ce qui s'est passé, c'est tellement honteux.
Pour ma mère, depuis ça elle est en souffrance, et elle attend de moi que je la considère comme le centre de mon monde. Comme une mère parfaite.
C'est comme ça qu'elle se répare en fait. Et je voudrais tellement qu'elle ne souffre plus. Elle me dit que je suis une moins que rien, je lui répond qu'elle est magnifique.
En gros ça se passe comme ça.
Mais si je parle à ma psy, il y a cette haine en moi, quand je me souviens qu'elle me punissait en m'envoyant dans la chambre de mon père, sachant qu'il me violerait. Ça me tue de rage ! Pourtant je l'aime par dessus tout ma mère.
J'ai peur de déborder de toutes ces émotions mauvaises et de ne plus être capable de m'occuper de ma mère comme elle me le demande.
En fait, j'ai honte. Je sais que j'ai 23 ans, suis grande. Adulte. Mais j'ai cette immaturité par rapport à ma mère, je recherche encore, continuellement, son amour.
Je fais tout ce que je peux pour lui plaire, les grandes études, être à son écoute, la valoriser toujours. Lui montrer qu'elle a le pouvoir absolu sur moi, pas d'amis du tout, car elle doit être l'unique personne dans ma vie.
Mais en vain, elle dit que je suis une ratée, une putain, sa pire souffrance.
C'est dur.
Mais c'est ce qu'elle souhaite. Ça comble une infime partie de son vide.
J'ai des idées noires assez incontrôlables mais pourtant je veux vraiment me battre
Je voudrais être forte, pouvoir supprimer les souvenirs, mais je n'arrête pas d'y penser, mon père m'a violée. Et c'est comme si l'histoire ne cessait de se répéter, que chaque fois elle confirmait que c'est de ma faute, que je suis coupable et que je le mérite
Les cauchemars, les images dans ma tête, les souvenirs, rien n'y fait, c'est comme si tout était resté intact.
Et chaque fois que je suis dans une situation de stress par rapport à un homme inconnu qui me veut, j'ai peur, et je ne fais rien. Rien du tout. Je reste tétanisée.
Et ça me tue de culpabiliser.
Je me demande quelle explication peut se cacher derrière une répétition d'abus au cours du temps ?
Est-il possible qu'inconsciemment je me mette moi même dans des situations qui provoquent l'abus ?
Est il possible que je fasse quelque chose de travers, ou alors est-ce que je suis " marquée " par le passé, et que les hommes malveillants le ressentent et me repèrent directement ?
Je précise que je suis extrêmement timide, je ne tente jamais d'attirer l'attention, je suis très méfiante et pourtant toujours interloquée quand un homme abuse de moi.
Est-ce un travail que je peux réaliser seule ? Remonter à la première fois, essayer de taire tout ça une bonne fois pour toute, sans avoir à révéler ces choses là à quelqu'un ? 
Je ne sais pas si ma question a du sens.

C, 15 ans
Il y quelques mois, les parents de cette jeune fille mineure avaient déjà porté plainte à la gendarmerie à la suite d’images intimes de C. postées sur Internet à son insu. Elle s’était dénudée devant un jeune inconnu qui avait immédiatement mis les photos en ligne.
Tout ses camarades de lycée avaient vu les photos " et maintenant elle n'a plus d'ami(e)s, on se moque tout le temps d'elle, les garçons lui font des gestes obscènes, et ses copines disent que c'est une salope. "
Elle m'informe qu'il y a maintenant deux semaines, 4 adolescents de son lycée, dont son ex-petit copain qui avait dit qu'il se vengerait, l'ont d'abord forcée à leur faire une fellation aboutie à chacun d’entre eux.
Elle dit avoir tout d’abord farouchement refusé, mais ensuite ressenti une très grande peur quand elle a compris qu’elle ne pourrait pas s’enfuir face à ses agresseurs déterminés et très excités, pantalons baissés qui commençaient déjà à se masturber.
Elle explique « qu’ayant très peur d’être frappée, voire même tuée si elle n’obéissait pas, elle s’était dit que plus vite elle le ferait plus vite elle partirait. »
Après " il y en a un qui a dit, on va voir si t'es bonne, et ils s'y sont tous mis pour m'enlever ma culotte, et pendant qu'ils me tenaient ils y sont tous passés à leur tour. Ensuite ils ont cherché une bouteille pour me la mettre, mais il y a eu un bruit de camion alors ils se sont cassés."
C. dit qu'elle n'avait " plus de force même pour crier ", qu'elle était " comme un drôle de truc à qui on peut tout faire, c'était pas moi ".
Elle dit également " qu'elle ne comprend pas pourquoi elle a des idées de se suicider puisque finalement ça va très bien. ( ? ) " Le médecin légiste lui a dit que si, que oui elle sait que c'est vrai, qu'elle a été violée. Mais qu'elle est comme ça parce qu'elle n'arrive pas à y croire ".
Au vu du comportement anormalement calme et distant de cette jeune fille, contrastant avec des gloussements soudains, des fous rires, des cris, des sanglots et menaces de passage à l'acte, je lui propose de passer le test ESPT.
Relations interpersonnelles perturbés avec incapacité de faire confiance.
Hypervigilance / état de « qui vive ».
C, déjà traumatisée par le choc de se voir « exposée » sur le Net, et d’avoir subi les regards et propos salaces de certains de ses camarades de classe est maintenant terrorisée de devoir à nouveau rencontrer ou affronter ses agresseurs.
A l’issue de l’entretien psychologique et des résultats du test ESPT, C. présente un état de stress post-traumatique DSM IV 2 se rapportant aux agressions sexuelles de ces derniers mois, avec triade pathognomonique - syndrome de reviviscence - syndrome d’évitement, hyper-réactivité neurovégétative, avec état de stress aggravé par une stigmatisation et banalisation des troubles de la conduite et du comportement masquant sa souffrance psychologique, et un terrain traumatique antérieur aux événement récents, avec plusieurs intentionnalités humaines de lui nuire, sur un terrain d’inégalité et de discrimination non encore sanctionné par la loi ( ... )

M, 31 ans
Je ne me rebelle contre rien, ma conscience individuelle se soumet, ou fait semblant de se soumettre à l'ordre établi. La domination des hommes de ma famille. Et par extension, de tous les hommes.
Intérieurement je bouillonne, j'enrage. Oui je les haïs. J'ai grandi entourée d'hommes dont je pouvais constater tous les jours à quel point ils étaient abjects. Satisfaits d'eux-mêmes et de leur hideuse protubérance qui leur conférait tous les privilèges. Convaincus de la supériorité naturelle de leur sexe. Usant de la violence pour opprimer les plus faibles et asseoir leur pouvoir.
J'ai vite compris les règles. Pas de pénis, pas de droits. Juste celui de se taire. De ravaler ses larmes, sa fierté, sa dignité. J'ai grandi avec l'âpre sentiment d'injustice à tous les instants. Les uns avaient tout, la liberté de tout faire, l'estime et la considération, sans avoir jamais rien eu à faire pour l'obtenir. Les unes n'avaient même pas la liberté de disposer de leur propre corps et ne recevaient que le mépris, indépendamment de tous leurs efforts, simplement pour être ce qu'elles sont. J'ai grandi dans la culpabilité d'être née, fille.
J'ai détesté voir mon corps se transformer. J'ai haï ce corps qui si tôt tentait les hommes. Attirait leurs regards obscènes. Je cachais par tous les moyens ces attributs qui me rendaient " impure ". J'ai grandi dans la culpabilité de devenir une femme.
Cette lutte entre l'obscurantisme et la lumière, pour décrire ce qui se passe parmi les gens de ma culture, j'ai l'impression qu'elle a lieu en moi. Il y a cette partie de moi submergée, enfouie, qui n'est que rage incontrôlable, rancoeur et désir de vengeance. Et il y a celle en surface, qui a intégré les règles de ce monde d'hommes, qui en est marqué jusque dans sa chair, qui ne sait faire autrement que de s'y soumettre, et qui m'y soumet toute entière, jusque dans mes fantasmes où ma haine des hommes est domptée et dirigée contre moi-même. Comme si à travers ces images d'une violence inouïe, la partie de moi asservie, soumise au dictat des hommes, opprimait celle en moi qui enrage, la punissait à la mesure de sa rage, et jouissait de ce pouvoir fantasmé, absolu, totalitaire.
J'imagine un homme brutal, parfois plus d'un, je n'ai même pas besoin qu'ils soient beaux, ils sont parfois juste vieux, vicieux, répugnants. J'imagine je suis jetée en pâture à ces porcs, juste là pour assouvir leur plaisir. J'imagine être brutalisée. J'imagine les gifles, les coups, j'imagine les insultes dégradantes. J'imagine mon corps pris d'assaut. Fouillé, saccagé. Possédé sans ménagements.
J'imagine tout. Tout ce qu'il est possible de subir par la violence des hommes pour être brisée. Pour que soit réduit à néant tout ce qui puisse faire de moi un être à part entière. J'imagine la négation de mon statut de personne. J'imagine avoir perdu le droit de vie ou de mort sur moi-même au profit d'hommes à la cruauté et la bestialité sans bornes au service de leurs pulsions.
Et je ne peux refréner le plaisir que me procurent ces pensées.
Ni le sentiment de tristesse, de dégoût de moi, et d'insignifiance dans lesquels elles me laissent.
Parfois, bizarrement, j'en ressens un soulagement, comme si un poids venait de m'être ôté.
J'ai l'impression qu'une part de moi est marquée au fer par ces hommes qui exigent des femmes qu'elles ne soient qu'un vulgaire objet sexuel sans existence.
Une part de moi a été comme conditionnée, pervertie, et c'est celle-là qui tente de me détruire, de m'empêcher d'avancer.
Je retombe inlassablement dans le même schéma. J'en reviens toujours aux mêmes complaintes. A la même impuissance.
Tout vient de là. Le mépris injustifié que j'ai pour ma personne. Le fait que je ne puisse rien envisager d'autre pour moi que de vivre en martyr. Le renoncement à tout ce qui pourrait m'arriver de bien. La marche mécanique sur toutes les routes possibles de ma perdition.
Et puis les fantasmes de torture, le goût masochiste pour la douleur et la soumission, le plaisir que je tire à me sentir bafouée... tout est là. Dans la punition.
Dans le châtiment perpétuel, sous des déclinaisons infinies, pour une chose potentiellement atroce que mon inconscient ironiquement m'a fait oublier pour que je souffre moins, et pour laquelle je me considère irrémédiablement coupable.
Comme si je devais revivre sans fin un ancien sacrifice. Ma tête en a occulté les images, alors il prend toutes les formes que mon imagination voudra bien lui trouver. 
C'est d'une tristesse...
Je deviens dingue, j'ai l'impression d'être double. De faire des choses, de prendre des décisions à mon insu. Des décisions mortifères qui me conduisent à ma perte. J'anéanti tout ce qui pourrait me rendre heureuse sans l'avoir consciemment décidé. J'abandonne tout, je saccage tout. J'assiste immobile à un désastre que j'ai orchestré dans mon propre dos. Comme si c'était mon souhait de souffrir, d'être à l'agonie, comme si c'était la seule place où je me sente bien.
J'emploie toute mon énergie à ignorer ce qui s'accomplit, à garder les yeux fermés.
Je suis dans le déni de tout, de la réalité toute entière. Je ne vois rien. Il ne se passe rien. Je ne suis plus personne, je n'existe plus. Je dois occuper mon esprit, l'abrutir, qu'il n'ait pas le temps de voir ce qui se trame. Pour attendre l'inéluctable. En me convaincant avec force qu'il n'y a aucun danger, que je suis bien. Que tout va bien. Ne pas lutter, une fois dans les ténèbres du chaos tout rentrera dans l'ordre, chaque chose aura retrouvé sa place.
J'attends patiemment que tout explose, j'ai soigneusement tout calculé, et je me dérobe moi-même de ce projet de destruction. Je vais jusqu'à me duper que je n'en suis pas l'auteure !
Comme si j'avais orchestré un attentat suicide, que je portais la bombe amorcée en moi, que je me tenais là où les choses qui ont le plus d'importance à mes yeux soient réunies, et que je sois devenue tout à coup amnésique, au point d'être surprise d'entendre un tic-tac mortel quelques secondes avant la détonation. De m'en étonner, de me demander qui, pourquoi, et de ne pouvoir plus rien empêcher de ce qui s'est fait par ma volonté.
Comme si j'avais un double maléfique qui opérait dans l'ombre. Je sais qu'il est là, je sais qu'il souhaite pour moi une vie de misère et de martyr. Comme si le martyr était tout ce à quoi j'ai droit.
Je suis la proie consentante d'une rage destructive qui émane de moi, dirigée contre moi. 
Je perds la tête... je ne sais même pas contre quoi je lutte, contre quoi je résiste. J'ai toujours réussi in extremis, dans un sursaut vital, à prendre l'ascendant sur ce désir d'autodestruction, cette inclinaison à la souffrance extrême.
Avec le temps j'ai l'impression que je me débats de moins en moins, ça me fait peur.
Ma mère m'a souvent raconté qu'enfant, lorsque nous étions en vacances, en voyage chez de la famille à l'étranger, mon oncle m'adorait. Il m'offrait des tas de cadeaux, m'emmenait partout avec lui, mais que moi, personne d'autre.
J'ai trois frères et soeurs. J'ai des tas de photos où je suis seule avec lui.
J'ai toujours trouvé ça bizarre que je n'en ai pas gardé le moindre souvenir.
Je n'ai d'ailleurs pratiquement aucun souvenir de mon enfance.
Je me suis toujours sentie comme un champ de ruines à l'intérieur. Je me rappelle qu'ado un homme s'était mis près de moi dans un bus et s'était donné le droit de me toucher. J'étais juste pétrifiée, incapable de bouger ou de parler. Mon père était assis à côté de moi, de l'autre côté mais il n'a rien vu. Je ne sais pas pourquoi je ne lui ai rien dit. J'ai juste regardé cet homme, en l'implorant du regard. Lui ne me regardait pas. Après un temps qui m'a paru être une éternité mon père m'a dit qu'on devait descendre et je me suis ruée vers la porte.
Vous avez dit qu'une personne qui a subi des abus se comporte inconsciemment ou pas, comme une victime et attire les prédateurs. Ce type devait savoir que je ne parlerai pas, même alors que mon père était juste à côté de moi.
J'ai commencé à avoir des genres de crises, ça arrivait la nuit lorsque j'étais allongée dans le lit. Je me figeais de terreur, j'étais comme absente, comme redevenue une enfant, je serrais ma couette de toutes mes forces pour me couvrir le corps et guettait la pièce persuadée qu'il y avait quelqu'un, un homme. 
Maintenant, les pièces de ce puzzle incompréhensible qu'était ma vie se sont assemblées. J'ai compris qu'on m'avait fait du mal à cette époque. Je ne m'en rappelle pas, je le sais, c'est tout. Je crois que j'ai tout refoulé pour me préserver.
Je voudrais me souvenir de ce passage de ma vie pour parvenir enfin à me reconstruire. 
Je voudrais m'en sortir. Réaliser que ça n'est pas irrémédiable. Que je peux vivre, et plus seulement survivre malgré ça.
Mais je suis si fatiguée...
 
 A, 40 ans
 Ce que j'écris est une recherche de logique et de cohérence, dans la frange incohérente et illogique de l'humanité. Sorte de norme dans l'anormal, d'appuis dans le vide, de structure dans la lie.
Ce que j'ai ressenti cette nuit qui m'a paralysé la gorge, même les larmes, générant qu'une forte envie de vomir, je l'imaginais identique à ce que pourrait ressentir un clone s'il existait comme on le voit dans certains films.
Un être vivant identique à son modèle, partageant sa vie avec lui, mais n'étant qu'une réserve d'organes disponibles à sa demande. Vivre toutes les émotions et sensations, partager les mêmes joies et difficultés, mais n'être qu'un réservoir de pièces détachées que son propriétaire vient vérifier ou prendre quand il en a besoin.
Cela aurait des points communs avec l'esclavage, mais dans celui-ci, la colère aide à vivre. L'esclave est reconnu, il a un prénom de baptême et est admis dans les églises. Dans l'aberration, cela reste cohérent.
Mais un clone n'a pas d'âme. Il n'a d'humain que l'aspect. Il peut tout vivre, tout ressentir, tout comprendre, mais on ne lui donne pas d'âme. Il n'est ni objet, ni animal, ni nourriture. Il n'a pas de honte car il n'existe que pour offrir tout ce qu'il a.
Ce moniteur à 14 ans m'a reçu avec une très grande douceur, une extraordinaire tendresse, un immense désir. Ses caresses étaient profondes, douces, légères.
Mais lorsqu'il touchait mon sexe il devenait un homme qui vérifie la qualité et la maturation de sa culture, de sa propriété. Son toucher était médical. Il pétrissait, vérifiait, mesurait mes organes comme un paysan parcourt son verger vérifiant si l'heure de la récolte est proche. Amoureux de celui-ci et tâtant les fruits.
Alors que lui n'avait fait cela que pour examiner la qualité de la maturation du grain qu'il désirait récolter, mon corps vibrait de sa profondeur amoureuse, ma matière vivante avait été propulsée aux limites de mes sens uniquement pour un contrôle-qualité !
Tout mon dégoût ne peut s'exprimer.
Les prêtres s'étaient déjà déchargés en moi.
J'avais été leur sac humide et tiède dans lequel ils avaient déversé ce qu'ils n'osaient regarder, tirant un fantasme de plaisir. Ils m'avaient jeté après utilisation, comme un vulgaire préservatif usagé. J'avais été de la simple nourriture, morceau de bidoche sur l'étal d'un presbytère.
Je le conçois dans toute son horreur.
Et ce moniteur m'avait offert une " puissance d'amour ", de présence, de douceurs, de caresses et de tendresse, il m'avait passé toute la vie, toute la recherche physique d'un être plein d'amour pour moi, juste pour palper ce qui lui appartenait, ce qu'il pouvait toucher chaque matin, chaque soir, sous sa douche, dans son lit. J'étais son clone.
Il était amoureux fou de son porte-organes !
Je n'arrive pas à concevoir qu'un homme vienne inspecter sur un enfant ce qu'il porte entre ses jambes.
Je n'arrive pas à imaginer la logique qui pousse un individu à exacerber toute la sensualité d'un autre individu, copie plus jeune, lui offrant des caresses irréelles, juste pour presser, tâter, observer des organes dont il dispose lui-même depuis bien plus longtemps.
Aujourd'hui, mon corps ne trouve plus le chemin subtil entre la douceur, l'amour de mon amie, et ce qu'il m'a fait.
Je n'arrive pas à ressentir la différence et le toucher d'un être aimant, entre le " je suis ", et le " je ne suis rien ".
Je ne ressens ni honte ni culpabilité, je ne reçois plus la fine séparation entre " vie " et " non-vie ".
Je ne comprends pas plus ce besoin de passer par le corps de l'autre, pour lui demander quelque chose. Pour le remercier, pour montrer son contentement, pour lui signifier son amour, pour fuir ses douleurs, pour décharger ses peurs, pour dépasser ses violences, pour... la liste est longue de raisons et d'excuses pour toucher, prendre propriété du corps de l'autre.
Pourtant il existe tant de possibilités avant même un seul contact. Il y a tant de regards, tant de sourires, tant de gestes, de respirations, avant de poser un doigt, des lèvres, sur un corps qui n'est pas le sien.
Pourquoi faut-il le visiter en totalité alors qu'il faut une durée impressionnante pour laisser pénétrer en soi, un sourire, un regard, une présence de plus en plus proche ?
Quelle est cette règle qui transforme le corps en propriété pouvant être acquise ?
Je n'ose plus embrasser, approcher, toucher, réaliser quelque chose, sous peine de devoir donner mon corps pour un remerciement, ou subir le regret de la dette imaginaire non remboursée.
Quel éclat, quelle lumière, ou quelle noirceur dans le regard de l'autre, pourrait m'aider à percevoir la finalité d'une caresse ?
Tout est perverti.
Ne plus avoir peur de celle qui m'aime, à cause d'un écho pédophile.
 
 Y, 11 ans.
En incapacité d'en parler, ce jeune garçon a demandé à sa maman de m'écrire ce qui s'est passé. 
- " Y. a 11 ans. Un soir d'août de l'année dernière son meilleur copain K.qui a 13 ans est venu dormir à la maison dans la même chambre. Apparemment tout allait bien.
Depuis ce jour là il refuse de revoir ce copain même en insistant ( pleurs, révolte ). La famille est amie avec le papa de K.
Y. se lave les mains tout le temps, et durant l'année scolaire 
cette attitude s'est aggravée. Il est mal dans son corps. Cela ne nous a pas inquiétés son père et moi, nous pensions à l'adolescence. Par contre ses résultats scolaires sont parfaits. 
Chaque soir en rentrant de l'école les manies reprennent ( lavage de mains ). Cela est insupportable pour nous, et surtout pour lui. 
En discutant avec Y. pendant des heures il m'a expliqué sa détresse. Son copain s'est masturbé devant lui, l'a obligé à se masturber, lui a obligé à lui faire une fellation, et ensuite il l'a sodomisé à plusieurs reprises. 
Pendant toutes ces dernières vacances il a ruminé son problème ( n'a plus de copains, ne va plus à la piscine ).Tout lui parait sale et insupportable. Il ne se douche plus, se reprend plusieurs fois pour mettre un slip. 
Pour sortir, les situations sont invivables. Il a craqué ce week-end, il a menacé de se suicider ( passage par la fenêtre ) Il veut se détruire car il ne supporte plus son corps et pense à K. Il ne veut pas reprendre le collège. "

Les parents de Y. ont alors fait le nécessaire auprès de la gendarmerie et du Procureur de la République.
Tous les amis, ne voulant pas prendre parti, se sont éloignés.
Parce que ce n'était pas remboursé par la sécurité sociale ", et malgré mes propositions d'adapter les séances de thérapie à leurs revenus, les parents de Y ont préféré que leur enfant attende une place en CMP, plutôt que d'entreprendre un suivi psychologique.
J'ai alors demandé l'hospitalisation de Y en pédopsychiatrie afin qu'il puisse bénéficier d'un suivi, mais les parents ont signé une décharge quelques jours après. Y. s'est alors retrouvé en liste d'attente pour un simple rendez-vous en CMP.
8 mois après, la souffrance morale de Y n'était toujours pas prise en charge.
Au tribunal, K. qui est mineur a simplement été sermonné.
Y. s'est donné la mort une nuit de novembre où il pleuvait beaucoup. 
Il s'est couché sur la route, dans un grand virage où les voitures n'ont aucune visibilité.

B. 24 ans
Il y a 10 ans j'ai subi un viol.
L'homme à été reconnu coupable de viol aggravé sur mineur de moins de 15 ans. Quant à la tentative de meurtre elle a été évoquée, mais pas retenue. Il a été condamné à 10 ans de prison, dont 8 années de sûreté, c'est à dire 8 ans sans avoir d'aménagement de peine. Et il est fiché au fichier des délinquants sexuels. 
Il est sorti en 2016 mais il est retourné en prison 6 mois plus tard toujours pour des raisons de violences. 
Il a tout avoué devant la justice, les preuves étaient là, il ne pouvait pas nier et il voulait prendre le moins possible. En dehors de la justice il a toujours nié, il m'a fait passer pour la salope qui a envoyé un innocent en prison. Sa famille n'a pas non plus assumé ce qu'il a fait, je suppose par honte. 
Au tribunal il parlait comme si il était victime de ses actes. Il a sali ses parents en racontant les débauches de sa mère et l'alcoolisme de son père. Il se cherchait des excuses, il a pleuré soit disant parce-qu'il regrettait, il a demandé pardon à mes parents et à moi. Sa mère a débarqué chez moi en pleurant toutes les larmes de son corps quelques jours après qu'il ait été jugé. Elle voulait soit disant mettre un visage sur la victime de son fils, et nous demander pardon. Je ne sais pas si c'était sincère ou pas. 
J'ai fait une sorte de déni, j'ai refusé d'en parler en dehors des demandes du juge d'instruction. Je ne voulais pas voir la réalité. Je voulais oublier, et que les autres oublient aussi. J'ai même regretté d'en avoir parlé à mes parents, car ce sont eux qui ont déposé plainte. C'était trop dur pour l'enfant que j'étais. La honte surtout ... Le jugement et le regard des autres. A leurs yeux j'étais soit une pauvre fille violée, soit une salope. J'étais une bête de foire, le spectacle du village, ils voulaient tous savoir qui j'étais. 
Je ne me sentais en sécurité nulle part, et avec personne. Je n'avais plus de père, plus d'oncle, plus de frères, plus de grands pères, plus de professeurs, plus de cousins, plus d'amis, je n'avais que de potentiels violeurs et assassins qui m'entouraient. Les hommes de ma famille en ont beaucoup souffert, surtout mon père.
Avant de m'endormir je regardais partout dans ma chambre, et si je descendais au milieu de la nuit chercher quelque chose au salon ou à la cuisine j'allumais toutes les lumières et je courrais. Je ne pouvais pas fermer l'oeil si la porte de ma chambre n'était pas verrouillée. Dehors je changeais de trottoir à la vue d'un inconnu. A chaque voiture qui ralentissait mon coeur s'accélérait et j'imaginais le pire.  
Quand j'étais seule dehors, je me mettais à courir jusqu'à l'épuisement pour rentrer le plus vite possible chez moi, pourtant il n'y avait pas de danger mais dans ma tête le danger était constant. Je sortais uniquement pour aller à l'école.
A 18 ans j'ai arrêté l'école et je suis restée enfermée chez moi, je ne sortais même pas pour aller chercher le courrier. Il m'est arrivé de rester enfermée pendant des mois sans mettre une fois un pied dehors. J'étais en prison chez moi et surtout dans ma tête. Je parlais avec mes parents et mes frères uniquement pour m'engueuler. Je n'avais plus personne, mise à part les fous d'internet avec qui parler.
Je n'avais rien d'autre en tête que de me venger. Je pouvais regarder des vidéos de Daesh et ne ressentir ni peine pour les victimes ni colère pour les bourreaux. Je me disais que moi aussi un jour je ferai ça à mon ennemi.
Je fantasmais des scènes de vengeances dignes des films d'horreurs. Je n'avais aucune limite à la violence que j'imaginais un jour lui rendre. Je ne pensais plus qu'à ça, je survivais uniquement pour ça. Dans ma tête mon seul avenir était la vengeance et ensuite le repos éternel que m'offrirait la mort. 

Au milieu des fous du net j'ai rencontré quelqu'un de bien sur internet. Cet homme a fait preuve d'une grande patience avec moi et il est rentré dans mon jeu pour pouvoir me rencontrer. On s'est rencontré dans la vie réelle. Il est resté neutre à tout moment.
Il m'écoutait cracher ma haine contre le monde entier sans dire que c'était bien ou mal. Il m'emmenait dans des endroits magnifiques. Je l'aurai suivi au bout du monde. Avec lui j'étais en confiance. Il n'a jamais forcé le contact physique, même quand je pleurais il me tendait les bras pour me réconforter et j'avais le choix d'y aller ou non. Il proposait et je décidais. Jamais personne ne m'avait laissé faire mes choix, il était le premier à me laisser disposer de mes choix les plus banals. C'était ma bulle d'oxygène. 
Cette relation avec le temps s'est transformée en amitié amoureuse. Ce que je trouvais bizarre c'est qu'il ne tentait rien d'autre que des câlins et des bisous alors que j'ai à plusieurs reprises vu ou senti qu'il voulait plus. Malgré que j'avais confiance en lui je le manipulais beaucoup, et je prenais un malin plaisir à lui faire du mal.
J'étais toxique pour lui, et notre relations s'est terminée.
J'étais incapable d'aimer un homme et il ne pouvait rien faire pour moi. J'avais trop de haine envers les hommes pour pouvoir en rendre un heureux. J'ai souffert de l'avoir perdu, et ça n'a fait qu'empirer ma haine en vers les hommes. 

Ensuite j'ai continué quelques années à rester enfermée chez moi sans sortir ni parler avec des gens dans le réel, j'étais retournée dans le monde virtuel. Le monde réel était trop dangereux à mes yeux, partout rodaient de potentiels violeurs. 
Et puis j'ai déménagé et ça a changé ma vie.
Je me suis assez vite sentie à nouveau en sécurité. Ça a l'air de rien, mais retrouver une sécurité en tout temps à été le début d'un bonheur inespéré ! La sécurité m'a ouvert plusieurs portes fermées depuis tant d'années ! 
J'ai d'abord pu sortir accompagnée de mes proches en me sentant en sécurité, puis seule sans paniquer quand une voiture ralentissait ou qu'un homme croisait mon chemin. J'ai retrouvé une complicité avec mon père et avec ma mère. J'ai retrouvé le goût de faire les magasins. J'ai commencé à côtoyer les terrasses de café. Je vivais doucement à la place de survivre, sans même me rendre compte que je frôlais gentiment le bonheur. 

J'ai par la suite changé physiquement. Je prenais du plaisir à me faire jolie. Je plaisais et j'aimais ça. Je les laissais me flatter autour d'un verre mais ça n'allait jamais plus loin, je refusais toujours le deuxième rdv.
J'étais seulement prête à plaire et non pas à être aimée, et encore moins à aimer un homme. 
J'étais prête pour commencer à travailler, enfin prête était un grand mot... je voulais disons, avoir une occupation pour rester le moins possible enfermée et penser au passé qui me donnait des coups de cafard. La vengeance je n'y pensais plus, j'étais passée à un autre stade auquel je n'ai jamais pu donner de définition. Je pense qu'à cette période je ne voulais pas réaliser que j'avais perdu l'unique but que je m'étais donné (la vengeance). Je n'avais plus envie de mourir non plus. 

C'est à 22 ans sur le lieu de mon travail, que je suis tombée malgré moi amoureuse. Ca a été un coup de foudre. Cet homme avait l'attitude tellement sûr de lui, avec un physique à toutes les faire tomber. Mes collègues femmes me disaient qu'il avait un coeur de pierre depuis son divorce. Je savais qu'il n'était pas insensible a mon charme, il ne le cachait pas. C'est au bout de trois longs mois qu'il m'a enfin invitée à passer une journée avec lui. Il m'a dit qu'il n'était pas près à vivre quelque chose de sérieux et qu'il détestait les femmes, je lui ai répondu que ça tombait bien car je détestais les hommes. 
On s'est promis une histoire sans prise de tête qu'on vivrait au jour le jour. Nous avons eu notre premier rapport sexuel assez vite, au bout de deux semaines, je désirais cet homme plus que tout.
Très vite il s'est attaché à son tour. On se disputait beaucoup car il cherchait à comprendre pourquoi j'étais aussi méfiante et aussi agressive à certains moments. Je ne voulais rien dire.
Au bout de plusieurs mois il m'a alors avoué avec beaucoup de tristesse "sans toi je peux pas et avec toi non plus comment on fait ? T'as de la chance que je t'aime sinon je serais plus avec toi" C'est à ce moment là que j'ai réalisé que je lui faisais du mal. J'ai pensé dans un premier temps à le quitter, mais je n'y arrivais pas, à chaque fois il réussissait à me rattraper.
Je perdais la raison avec lui, je voulais le protéger de moi et lui ne voulait pas de cette rupture car il savait que la source de mon problème était ailleurs que dans notre couple. Il voulait simplement comprendre, et je voulais vivre sans en parler. C'était comme ci je me privais inconsciemment d'être heureuse.

Un soir d'automne, un homme au même regard que mon agresseur est entré dans mon lieu de travail. J'ai de suite compris que je n'échapperai plus à mon passé et que ma sécurité retrouvée ne dépendait a ce jour que de moi.
Mon copain à vu dans mon regard que j'avais peur de cet homme, il m'a emmené à l'écart et il m'a demandé qui il était. Je lui ai dit qu'un jour je lui dirai tout mais pas tout de suite. Je voulais déjà être sûre de ce que je pensais.
Les jours passaient et je croisais cet homme partout. Dans son regard il n'y avait que de la haine. Je n'étais pas à l'aise en sa présence mais je savais que je ne risquais rien tant qu'il avait du monde autour. Je ne voulais pas non plus vivre à nouveau dans la peur, j'aurai préféré mourir plutôt que de revivre dans l'insécurité. J'ai continué ma vie, je n'ai changé aucune de mes habitudes, il était hors de question que je me soumette à de l'intimidation. 

Un jour cet homme s'est assis a côté de moi au comptoir d'un bar.
J'étais accompagnée de mon copain. Cet homme était à moins de 20 cm de moi. J'ai écouté la conversation qu'il avait avec le patron du bar, et le patron l'a appelé par son prénom et il lui a demandé si les affaires marchaient à...  (nom de la ville où ça s'était passé pour moi ). J'ai vu son visage se décomposer, il a perdu tous ses moyens, il était très agité et il me regardait en même temps.
J'ai souri légèrement, et nous sommes sortis avec mon copain.
L'homme est sorti 10 secondes après nous, il a couru dans sa voiture et il s'est sauvé comme un lâche. Trop peur que je raconte à mon copain qui il était.
Dehors j'ai ensuite fait des recherches sur internet avec son prénom et le nom de famille de celui qui m'a violé. Les résultats ont été sans appel, il était de sa famille.
Nous somme rentrés chez mon copain, et je lui ai tout dit.
Il est resté muet un instant avec les larmes qui coulaient. Et d'un coup il s'est énervé me jurant qu'il allait tous les tuer. Je l'ai raisonné et rassuré en lui disant que j'allais aller porter plainte. 
Je n'ai pas déposé plainte. Je pensais que vu qu'il savait que je savais qui il était, il allait arrêter. Mais pas du tout.
Le week-end qui a suivi je travaillais, et je pressentais que quelque chose de grave allait se passer. Mon copain n'était pas là il était chez sa famille a 200km. Il était hors de question que j'en parle à mon patron avec qui je m'entends très bien. Je ne voulais surtout pas de cette affiche de femme violée, j'étais une femme "normale" je voulais qu'on me respecte et qu'on me considère en tant que telle. 
J'ai donc pris la route à pied en direction de chez mon copain. J'étais toujours sur le parking de mon lieu de travail quand je l'ai aperçu ralentir et faire demi au milieu de la route pour se garer sur le trottoir d'en face.
Je savais que j'étais en danger, mais je voulais savoir de quoi il était capable. Je suis arrivée sur le trottoir au moment où lui il se garait sur celui d'en face. A partir de là tout est allé très vite il est descendu il a laissé sa portière ouverte, et il a ouvert une portière arrière, et puis il allait traverser.
J'ai agi par instinct de survie, j'ai couru vers le lieu de mon travail, arrivée au milieu du parking je me suis arrêtée et je l'ai vu partir comme une balle. J'ai appelé mes parents, ils sont venus me chercher, ils étaient dans un état de colère la même que quand je leur ai dit qu'un homme m'avait violé. Mon père a tourné dans toutes les rues, il y avait mon frère. Il n'aurait pas fallu que l'un d'eux mettre la main sur lui sinon il était mort. 
S'en est suivi une dispute de famille, mes parents m'ont ordonné d'arrêter de travailler. J'ai refusé et je leur ai hurlé que jamais plus je ne serai victime de mon passé. Que je préférerai mourir plutôt que de céder à mon droit le plus fondamental qui est de vivre en toute sécurité.
J'ai ensuite appelé mon copain lui disant de venir me chercher et je suis partie. 
Je lui ai raconté, il s'est fâché aussi. Il m'a dit qu'il allait parler à notre patron (qui est son ami), pour qu'il nous mette le même planning. Je lui ai dit que je ne voulais pas, que j'avais le droit d'être en sécurité sans sa présence, et que personne ne choisirait plus comment je devais vivre .
C'était la première fois que je m'affirmais pour mon passé.

Le lendemain j'ai appelé mon avocat. Et j'ai été déposé une main courante à la gendarmerie. Et puis j'ai écrit un courrier à celui qui m'a violé.
Cela m'a pris des semaines. J'écrivais tout ce qu'il me passait par la tête, tout ce que je ressentais, j'ai pleuré toutes les nuits pendant plusieurs semaines, je ne dormais plus que 3 h par nuit. J'étais obsédée à finir mon courrier. Jusqu'au jour ou plus rien ne sortait. Plus aucune larme ne coulait. J'étais vidée de toutes mes émotions, j'étais soulagée.
En relisant mes lettres, je me suis dit que je ne lui ferai pas le plaisir de lui envoyer mes mouchoirs. Il aurait pris du plaisir à savoir que j'allais aussi mal que ça !
Après ça je ne pouvais plus nier qu'il était un être humain.
J'ai essayé de comprendre pourquoi il en était arrivé à de telles violences. Je sais que sa vie n'a pas été facile, mais même comme ça je ne suis pas arrivée à  lui trouver d'excuse. Il savait faire la différence entre le bien et le mal, il est donc responsable de ses choix. Et donc l'unique coupable du viol qu'il a commis sur l'enfant que j'étais. 
Maintenant j'en tire une certaine satisfaction qu'il ait essayé de rentrer dans ma vie par l'intermédiaire d'un de ses proche, car cela prouve à quel point il souffre du courage que j'ai eu face à lui alors que j'avais tout juste 14 ans.
Il doit ressentir une profonde injustice, vu que cet homme est incapable de voir la douleur des autres, car les autres ne sont plus considérés comme tel à ses yeux quand ils lui disent non et qu'ils ne se laissent pas faire.

Sur le courrier que je lui ai envoyé, je lui ai dit que quoi qu'il essaiera de me faire je ne me laisserai jamais faire. Qu'aujourd'hui la seule victime du viol était lui même, et que la justice je m'en servirai aussi souvent que j'en aurai besoin face à lui. Que si je croisais encore une fois l'homme de sa famille je déposerai non pas une main courante mais une plainte et que j'irai au bout comme je l'ai fait lorsque j'étais gamine. Après que j'ai envoyé cette lettre je n'ai jamais plus croisé l'homme qui tentait de me nuire.

Aujourd'hui je me sens libre. Je vis pleinement ma vie, je me sens en sécurité. Je fais mes choix seule. Je profite du soleil comme de la pluie. Il n'y a pas un jour sans que j'ai l'impression d'être une enfant qui découvre la beauté et la grandeur du monde.
Avec mon copain ça va beaucoup mieux, on s'entend bien et on s'aime. Nous allons habiter ensemble d'ici 5 jours. On parle de bébé, d'ici deux ans si notre cohabitation se passe bien. J'ai des rêves plein la tête et j'ose me projeter et faire des projets avec l'homme que j'aime. 

Quand je me retourne face a mon passé je suis tellement fière du chemin que j'ai parcouru !
Je suis fière de mes parents qui n'ont rien lâché et qui m'ont donné des forces quand moi j'étais sur le point de tout lâcher. J'ai regretté pendant des années d'avoir parlé à cause des mauvaises langues. Et aujourd'hui c'est ma plus grande fierté.
Je marche la tête haute. J'ai retrouvé confiance en moi, en les gens et puis en la vie. Je sais que je n'oublierai jamais ce qu'il m'a fait, et je ne veux plus oublier. 
Je n'ai plus aucune haine envers celui qui m'a violé. Je suis fière du chemin que j'ai parcouru, je ne pourrai jamais oublier ce qu'il m'a fait, mais je peux en parler librement avec mes proches sans ressentir de honte ou de douleur. 

Par compte j'ai toujours de la colère contre ces gens qui m'ont jugée et qui m'ont regardé comme un animal de cirque. Cette colère je la maîtrise, elle ne me fait pas perdre la raison, mais elle ne passe pas. Il suffit que je pense à une seule de ces personne pour que je sois en colère contre eux mais aussi et surtout contre moi même, car je m'en veux d'avoir baissé les yeux ou de m'être tue face à ces gens.
J'espère qu'un jour je serai en paix avec moi même, que je puisse un jour me pardonner mes faiblesses du passé. 

Pensez vous que je devrais consulter un psychologue ? Ou que je suis apte à m'en sortir entièrement seule ?